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Adolescence et situation de handicap

La crise d’adolescence qui s’ouvre avec la puberté, constitue un puissant facteur de changement pour la personne en situation de handicap, impactant sur son environnement, sa famille, son organisation, ses règles et ses lois.

Françoise Dolto, dans son livre « Paroles pour adolescents ou Le complexe du homard » a inventé une image pour représenter la crise d’adolescence : L’enfant se défait de sa carapace, soudain étroite, pour en acquérir une autre. Entre les deux, il est vulnérable, agressif ou replié sur lui-même.

Françoise Dolto utilise, pour qualifier cette période, le terme de mutation, englobant les changements d’ordre physique, psychologique, affectif et sociologiques qui se produisent.

Selon elle, l’adolescent passe par des cycles de mues se traduisant par des phases de fragilisation, de sensibilité extrême. Cette sensibilité porte notamment sur les regards portés sur lui et les propos qui le concernent. Elle est accrue par l’inquiétude profonde des adolescents sur les changements qui se produisent en eux, l’instabilité engendrée par ce remaniement psychique.

Adolescence et situation de handicap :

Les personnes en situation de handicap entrent, comme les autres, dans l’adolescence au moment de la puberté. Ils en connaissent les bouleversements hormonaux, les pulsions, les transformations physiques… Sur le plan psychologique, des changements ont également lieu, sans qu’il soit aisé de les comprendre lorsqu’il s’agit d’adolescents présentant des déficiences intellectuelles.

Les troubles du comportement manifestés par certains de ces adolescents mettent en lumière ces remaniements psychiques et pourraient être comparés à certains aspects de la crise d’adolescence chez les enfants ne présentant pas de handicap : mise en danger, rejet de l’autorité, expériences nouvelles, recherche de libertés, besoin de défoulement, d’expression…

Ces troubles sont cependant d’autant plus difficiles à gérer par les familles (ou les professionnels) qu’ils semblent remettre en cause les acquis de la période de latence (de 6 ans jusqu’au début de la puberté environ), parfois durement gagnés : diminution des angoisses, développement des capacités d’apprentissage, amélioration de la communication et des interactions sociales…

La force physique nouvelle de certains adolescents ajoute une dimension angoissante pour les proches et les accompagnants, notamment lors des confrontations qui peuvent être physiques pour les contenir, se protéger ou protéger les autres.

Sur le plan de la sexualité, la principale difficulté porte sur la gestion des pulsions. Les pratiques masturbatoires peuvent être non maîtrisées, douloureuses pour les adolescents, voir inacceptables socialement parce que pratiquées en public.

D’autre part, les adolescents en situation de handicap ne sont pas toujours dans des groupes de pairs leur permettant les apprentissages réalisés par tout adolescent, ils n’ont pas toujours accès à des sources d’information autonomes et se trouvent démunis dans ces situations.

Par ailleurs, à cette période, l’angoisse de l’avenir se pose à nouveau très fortement pour les parents tandis que peut se profiler l’inquiétante question de l’orientation en termes d’indication et de places effectives.

L’horizon se dégage souvent à nouveau autour de l’âge de 18 / 20 ans. Pour les jeunes adultes, le retour à une période plus sereine permet de ré envisager des pistes nouvelles en termes de vie sociale et d’apprentissages.

Martine BARISIC

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