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Le placement en institution : Nathalie se souvient.

Nathalie est souvent malade. Elle souffre de problèmes ORL récurrents. Ceux ci empêchent Nathalie de suivre sa scolarité correctement. Le médecin propose à ses parents un placement temporaire dans une institution,  un centre de soins pour affections ORL. 

Les parents acceptent, ils ne souhaitent qu’une chose : La guérison de leur fille.

Aujourd’hui, Nathalie est adulte, elle se souvient et témoigne de son ressenti.

« Le train, la gare, Arcachon.  

Il paraît que l’air océanique aide à la guérison.

Je sens que quelque chose ne va pas. Je ne peux pas encore mettre de mots sur mon ressenti. Je me suis sentie abandonnée. Mes parents m’ont arrachée à mes repères. Je suis coupée de ma grand mère, mes amis, mes activités, mon école, mes animaux. Je suis effrayée, mais je suis avec ma mère qui tente de me rassurée.

Ma mère part. Je reste seule dans cet univers totalement inconnu.

 

Blanc.

 

Tout est blanc.

Je me retrouve dans cette institution où je ne connais personne. Il y a des enfants, des adultes autour de moi, ce sont des étrangers.

Blanc, les uniformes des adultes. Ils donnent des ordres. Il faut :

  • manger
  • dormir
  • se laver
  • se soigner
  • et surtout être sage.

 

Les adultes blancs ne sont pas du tout compatissants. Ils ne sont pas là pour parler aux enfants, pour me parler.  Ils effectuent des tâches répétitives.

Terreur des nombreuses nuits. Dans le lit blanc, aux draps blancs et au couvre lit gaufré, blanc.

Matin blanc, c’est l’heure de la prise de température. Les thermomètres trempent dans l’alcool, dans le pot en fer. Ils tintent, je retiendrai à jamais ce bruit qui me terrifie encore.

 

L’institution :

 

Les repas sont pris en salle commune. Les tables sont octogonales, en mélaminé rouge. Enfin une couleur ! Dans les brocs des petits déjeuners, je retiendrai le lait figé, les bols en plastique. Je me rappellerai aussi, pour toujours, l’odeur abjecte des serviettes de tables en tissu lavées une fois par semaine. Les repas me sont problématiques, je mange très peu. J’ai faim, mais j’ai aussi très peur. Mon ventre se noue. Les blancs accompagnants remarquent mon piètre appétit. 

Alors ils vont œuvrer en douceur : Ils vont mesurer la taille de ma bouche, dire qu’elle est bien petite, que je ne grandirai pas, que je ne repartirai jamais. Un véritable effroi !  J’ai envie de pleurer mais rapidement je comprends qu’ici il faut se taire.

La première semaine de placement, il n’y a pas d’école. Seuls les pins maritimes, leurs aiguilles au sol, leur odeur m’ apporteront un peu de réconfort. J’irai ensuite à l’école de l’institution. Là, je vais trouver une personne extraordinaire qui me parlera, me valorisera, m’accompagnera dans ma curiosité. La seule personne avec laquelle j’aurai des relations pendant ces longs mois. 

La sieste est obligatoire. Encore du blanc. Et puis c’est quoi cette histoire de sieste, je ne la fait plus depuis longtemps. Mais c’est comme ça. Alors, pour ne pas décevoir et surtout pour ne pas me mettre en danger, j’obéis.

Ce temps de repos aura lieu chaque jour, avec le couvre lit blanc rabattu sur la tête. Etrange,

Le weekend, nous allons en balade, à pieds. Le groupe part en direction de la roseraie. Je suis au milieu des roses. Des centaines de fleurs exhalent leur parfum et probablement affichent des couleurs chatoyantes. Mais je ne retiens qu’une seule chose. Le parfum. Parce que pour moi, il n’y a que du blanc.

Vient le temps de rentrer et de la toilette. Une fois encore tout est blanc. Sauf …..

Sauf le dentifrice. Il est rayé de rouge ! Adulte, je ne pourrais jamais me brosser les dents avec ce dentifrice !

Je suis restée plusieurs mois dans cette institution sans rentrer, la peur au ventre, abandonnée.

Je pourrai dessiner les salles, les lits, je ne peux plus toucher le tuft gaufré. 

Je suis  retournée à Arcachon. De la gare, et sans aucun itinéraire, j’ai trouvé très facilement le chemin de cette institution et de la roseraie. » 

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