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Témoignage : Gagner en estime de soi grâce à la pair aidance.

Sortir de sa zone de confort n’est pas toujours aisé. Anna témoigne de son expérience de la « pair aidance », lors d’un voyage qu’elle a effectué seule.

“J’ai souvent le désir de partir en voyage. Mais, je n’ai absolument pas le sens de l’orientation et peut me perdre très rapidement, tant en France qu’à l’étranger. 

Pour moi, les informations des bus, du métro, des gares, des aéroports sont totalement illisibles. Je sais les lire, mais, elle ne font pas sens, et….très vite je panique. 

En France, je sais demander mon chemin, mais….je ne retiens qu’une partie des informations que l’on me fournit, je n’arrive pas à tout retenir…

Dans les gares, les aéroports, je lis les panneaux,  mais dans le même temps, je suis happée par tout un ensemble d’informations qu’il me faut traiter (lumières, personnes en grand nombre, bruits, voix, odeurs, sols qui brillent, escalators…..). 

Et, dans les aéroports il y a des étapes supplémentaires :  l’enregistrement des bagages, puis le passage à la douane. Notons ici que ces deux étapes peuvent être séparées de plusieurs kilomètres, sur le même site, et qu’il faut chercher les indications, les retenir, aller dans le bon sens tout en croisant des gens qui vont et viennent de façon tout à fait aléatoire !

Cela vous parait peut être risible mais….lorsqu’on le vit comme cela, je peux vous assurer que ça l’est bien moins. 

Et, le plus souvent, je me prive de voyager parce que c’est tellement consommateur d’énergie que c’en est totalement épuisant. 

Pourtant, je sais qu’il me suffit de deux dispositifs pour réussir :

  • Une planification efficace avec une marge de temps (entre les étapes) qui soit importante. Par exemple, il est hors de question pour moi d’être à l’aéroport 2h avant le décollage. Je préfère compter 3h, ce qui me laisse le temps, de lire et relire les panneaux, de ne pas me précipiter et, si vraiment je suis perdue, de pouvoir trouver un professionnel susceptible de me guider. 
  • L’assurance de pouvoir être en lien rapidement avec une personne sans pour autant que celle ci soit à mes côtés. Cela peut vous paraître étrange, j’y reviendrai plus tard. 

Comment ai-je procédé pour sortir de ma zone de confort ?

Tout d’abord, il n’était pas question de me risquer à cette expérience pour un déplacement professionnel par exemple. J’en aurai été bien incapable, cela aurait généré bien trop d’angoisse pour que ce soit concluant. 

J’avais planifié depuis quelques mois un voyage en Croatie, avec un départ de Madrid, ville dans laquelle réside une de mes amies.

Comme je ne savais pas prendre l’avion seule, je devais aller à Madrid en train, puis nous allions à Split, ensemble. C’était facile, il me suffisait de la suivre. Je n’avais qu’à mettre mes pas dans les siens, écouter ses consignes et…tout se passerait bien.

Sauf que, je n’ai pas pu prendre le train pour me rendre en Espagne du fait des grèves et le voyage en Croatie ne pouvait être reporté.

Mon amie, me propose alors de la rejoindre par avion. 

Et là, je dois bien vous dire que ce fut la panique. Comment allais je être capable de cela, seule ? 

Pourtant, c’était là une occasion rêvée de sortir de ma zone de confort.

Sauf que, chaque fois que je pensais à ce voyage, mon ventre se serrait. J’avais peur. 

Il me fallait pouvoir compter sur une personne capable d’intervenir  rapidement et efficacement, si je perdais mes moyens.

Pour autant, ce devait être une personne “particulière”. Elle devait : 

  • être de confiance, 
  • accepter de s’engager dans ce processus,
  • connaître en partie mon fonctionnement et mes craintes, les accepter et les respecter,   
  • avoir une sensibilité particulière, 
  • être bienveillante et sans une once de jugement, 
  • pouvoir me rassurer via des messages écrits.

Elle devait également être relativement disponible afin que je puisse éventuellement l’appeler afin d’entendre une voix “entourante”.

Voici venu le jour du départ. De la France vers l’Espagne. Pas de grande difficulté en perspective, puisque je peux savais que je pouvais demander aisément. 

L’aéroport est petit, il y a peu de terminaux, je connais les étapes pour les avoir inscrites sur un de mes nombreux carnet.

Très rapidement tout est terminé (enregistrement, sécurité), il ne me reste qu’à attendre pour l’embarquement.

Bien entendu, j’ai déjà échangé des messages avec mon complice pour lui faire savoir que tout va bien, et que je suis apaisée. 

Nous prenons même le temps d’un appel téléphonique et le délai d’attente s’efface sous les mots échangés. 

Vient le moment de l’embarquement.  Même si je me sens un peu seule, j’échange quelques mots pour faire part de mes sensations et….tout se passe bien jusqu’à l’atterrissage en territoire espagnol. Quelques messages plus tard, me voici dans le taxi à destination du domicile de mon amie. 

Je suis alors stupéfaite par cette réussite, par cette fluidité. Je me sens rassurée et renforcée.

Le retour fut un peu plus chaotique. Je savais que pendant un laps de temps particulier, je serai seule et avais accepté cet état de fait.   

Je me rends à l’aéroport de Madrid et, le taxi ne me dépose pas à l’endroit indiqué. Bien entendu, je n’y prête pas attention…et me perds.

Je parviens dans un anglais fort approximatif à demander mon chemin. Je parviens sans trop de difficulté à rejoindre la zone adéquate. 

Mais voici que lors du contrôle douane, une professionnelle m’adresse une question en espagnol à laquelle je ne peux répondre. 

Elle insiste. Je sens la tension monter, rapidement. 

Je m’agace, elle aussi. Elle fait appel à deux policiers dont l’un parle anglais. La situation se dénoue. 

Je parviens ensuite non sans mal à attendre. La tension est intense, il fait chaud, et c’est un peu la panique.

Juste avant le décollage, je lis le message suivant : “Je suis là.”

Presque immédiatement, la tension retombe, ma respiration devient plus lente, mon rythme cardiaque s’apaise, mes épaules se relâchent. 

Dès l’atterrissage, la conversation reprend, je me sens tranquille, apaisée.

Je peux sereinement attendre le bus … qui arrivera avec 30 mn de retard ! Et la suite de mon voyage se déroulera sans aucune encombre.”

Que pouvons nous retenir de cette pratique Anna ? 

Tout d’abord, l’essentiel est de communiquer, et pas uniquement sur les faits. 

Dire par exemple que l’on est perdue n’est pas utile si on ne lie pas cela avec notre ressenti. Cela est d’autant plus important si la personne qui nous soutient n’est pas présente.

Elle a besoin de savoir comment nous nous sentons pour pouvoir trouver les mots adéquats, ceux qui vont nous rassurer. C’est aussi en cela que cette pratique doit s’initier avec quelqu’un qui nous connaît, et nous reconnaît dans notre fonctionnement, qui sait que tout peut “basculer” en une fraction de seconde. 

C’est aussi grâce à cela que le soutien peut être apporté à distance, et que j’ai pu sortir de ma zone de confort.

Cette pratique de “pair aidance” me permet également de pouvoir sortir de ma zone de confort en douceur. Je sais que quoi qu’il se passe, la personne avec laquelle je suis en contact va pouvoir intervenir rapidement et, si je panique, elle saura me dire les mots adéquats pour que je revienne au calme avant de me proposer un panel de solutions dont je vais pouvoir m’emparer. Les difficultés surgissent, mais elles sont rapidement résolues via cet échange rassurant, d’autant qu’elles sont toujours accueillies avec bienveillance et respect du fonctionnement.

 

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